Cortège des animaux, Maurizio Savini
Cortège des animaux, Maurizio Savini
L’art, un moyen de réveiller nos consciences.
Cortège des animaux, cette nouvelle exposition de Maurizio Savini, voulue et conçue pour la Galerie L&C Tirelli, nous entraîne dans une farandole aux connotations apparemment légères. L’exposition est construite comme une incitation à la réflexion bien que l’artiste se maintienne toujours à égale distance entre humour et engagement, les deux pôles de son travail. Et, dans chacune de ses pièces, sculptures, peintures, installations, on retrouve une forme de nostalgie transcendée par la force de la pensée et de l’art.
Cortège des animaux permet d’observer des oeuvres très différentes tant par la matière que par la technique. Des peintures de moyens et petits formats d’êtres humains, de prédateurs, d’oiseaux ou d’animaux fantastiques, des sculptures animalières roses et miniatures, en couple, enfermées dans des boites transparentes, sortes de cages symboliques… Ces sculptures sont toujours façonnées en chewing-gum, matériel étonnant mais aussi de peu de valeur, jetable et méprisable, on est donc bien loin des somptueuses sculptures en marbre qui ont jalonné, dans leurs diverses reprises, l’espace culturel de l’antiquité à nos jours. De surcroît ce chewing-gum est rose, couleur improbable qui introduit un sentiment de tendresse et fragilité paradoxales. Nous découvrirons également d’autres oeuvres, tout à fait particulières, étonnantes, oeuvres que l’on pourrait dire de « collaboration » au sens de travail collectif dans un but commun, concept cher au coeur de l’artiste. Collaboration certes surprenante et inattendue, le travail de l’abeille et de toute la ruche devient indissociable du travail de l’artiste créant un dialogue riche d’harmonie, de beauté et d’espoir, mais aussi de sens.
A la fois réalités et métaphores, hommes, animaux et insectes de Savini ne sont jamais serviles, il sont nés libres et indépendants et le demeureront même enfermés. Le travail de l’artiste, sous toutes ses formes, est un travail de mise à distance, de changement de focale qui nous contraint en permanence à un réajustement autant visuel que conceptuel.
Et, pour revenir au préliminaire de la nostalgie, Savini concentre sans relâche toute son énergie dans une recherche qui, si elle s’intéresse passionnément au vivant, est toujours tissée de préoccupations écologiques, mondialistes, sociales, collectives… tout cela sans amertume, avec un humour certain, même la vie en rose portera des fruits et nous transformera…
C. Tirelli, septembre 2025