Sottotevere

Un voyage symbolique dans le monde de la mémoire en compagnie de Gabriele Simei

Au sud-ouest de l’Urbs, au-delà de la Magliana, au détour d’une route poussiéreuse, une fois dépassées des constructions sans âme des années soixante, nous arrivons pratiquement en pleine campagne, une campagne à la fois désordonnée et luxuriante. Et, sous le ciel en demi-teintes de ce mois de mars, me voilà à nouveau dans l’univers inépuisable du sculpteur Gabriele Simei, un lieu qu’il décrit lui-même comme : Sottotevere selon une expression ancienne, typique du parler romain, désignant un environnement situé près de la berge du fleuve. 

Ce fleuve, bien sûr, c’est le Tibre…et, Sottotevere est le « laboratoire-atelier » de l’artiste, un univers magique, une caverne d’Ali Baba, emplie de trésors multiples, de pièces métalliques imprimées selon un processus mystérieux et alchimique, une vraie forge de Vulcain, dans laquelle Simei, inlassablement entrainé par son inspiration, associe avec finesse bribes de nature et rudesse des métaux inventant en permanence de nouvelles approches.

Aujourd’hui, ses dernières créations et réalisations sont des livres…livres sculptés, en fer, pierre, marbre, bois, papier, pain et autres matériaux récupérés ici et là autour de Sottotevere…Ces livres, cette bibliothèque sont une promesse, un devenir, un au-delà, une force. Il suffit de se laisser transporter par la symbolique séculaire du livre, évocation magique, promesse précieuse et absolue… 

Et, face à ces créations, nous pouvons finalement vagabonder, nos esprits sont libres d’inventer des contenus imaginaires, des vies, des réalités dont l’utilité n’est liée qu’à leur beauté, à leur mystère, à la matière, au travail de l’artiste, à l’émotion pure. Certaines pièces sont légères comme une plume, d’autres lourdes, d’autres endommagées et comme en suspension, mais toutes tissent des passerelles oniriques entre nos aspirations et perceptions.

Tout cela est déroutant, mais aussi émouvant, profond, riche…

Tout cela nous emporte vers le rêve…

Une telle fusion entre nature et culture est en quelque sorte un voyage symbolique dans le monde secret de la mémoire.

C. Tirelli, Rome, mars 2026