Esquisser l’esquive.

Pierric Tenthorey

Pierric Tenthorey, Esquisser l’esquive, 2 octobre – 14 novembre 2026

En trois coups de pinceau, tout doit en vérité être déjà exprimé…

Julius Bissier, Journal, mars 1943

Maitrise, rythme, vitalité et résonance, les territoires secrets de Pierric Tenthorey.

Il y a comme un passage secret entre le geste théâtral et précis des mises en scène de Pierric Tenthorey et son univers pictural. Ainsi, l’espace de la scène et l’espace de la page blanche se rejoignent et se complètent, se déversant l’un dans l’autre en flux continus qui s’alimentent mutuellement, se répondent et dialoguent à la recherche d’un vide suggestif dans lequel l’artiste tente de saisir l’essence du monde. Au préalable bien sûr il y chez l’artiste une forme de méditation ou contemplation qui permet de saisir le réel. Esquisser l’esquive ou comment capter subtilement l’instant, cet essentiel qui nous échappe en permanence, ce qui ne se donne pas et qui n’est que suggestion, laissant chacune et chacun d’entre nous face à sa propre subjectivité, sa propre construction du réel qui se déroule avec la fugacité du souffle.

Les oeuvres de Tenthorey tentent inlassablement de saisir la fugacité du monde et, fortement inspirées de la peinture chinoise, deviennent grâce au geste une transcription de la vie, un vol d’oiseau, une goutte de rosée, le bruissement des feuilles, le passage du vent….Mouvement, émotion, vibration de l’air, soupir, chaque instant se transforme en une quête matérialisée sur le papier ou la toile, pas d’hésitation possible, pas de repentir, entre la fluidité de l’encre et la finesse du papier la magie qui opère est à la fois précise et unique. L’objet physique disparait il n’en reste que traces, empreintes, coulures.

Pour l’artiste la concentration est source de tout, elle est geste, présence, souffle, respiration, rythme, quête sans cesse renouvelée d’un instant qui se dérobe, d’une méditation intense unissant le corps et l’esprit.

Ainsi, en funambule expérimenté Tenthorey rejoint là haut l’infini tandis qu’en bas tout se dérobe, tout se dérobe en permanence.

C. Tirelli, août 2026