Un rayon spécial
Julien Aubert, l’art du détail.
Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est…
Marcel Proust, La Prisonnière
L’exposition de Julien Aubert, Un rayon spécial, bouscule fortement nos habitudes visuelles.
Au premier abord rien de lisible mais un fourmillement de détails épars à reconstruire, élaborer, organiser…cela nous tient en éveil et contraint le public désabusé que nous sommes à se positionner, se questionner face à l’absence apparente de toute « objectivité ».
Le parcours est hasardeux, on sent bien que ce qui est caché est important, mais le visible obscurcit les sens et les chemins aménagés dans l’oeuvre sont loin d’être aisément praticables.
L’artiste joue avec son public et semble s’amuser de sa déroute…
De surcroit l’emploi dominant du noir et blanc, la dureté du trait et un modelé volontairement mécanique nous privent de la douce adhésion à un univers simple, connu, reconnu et enveloppant.
Malgré tous, ici et là, apparait une subtile game chromatique traitée principalement en dégradés monochromes qui sont comme des échappées poétiques d’un monde en construction.
Nous voilà propulsés dans l’action d’une peinture qui pense, la pittura è cosa mentale.
Pourtant depuis longtemps nous y sommes habitués, la peinture se joue de nos émotions, trouble le semblant d’ordre et d’illusion que nous recherchons. Nous sentons bien que derrière ces formes quelque chose se cache, ce quelque chose pourrait être lié au titre de l’oeuvre, une piste à suivre…
Donc, pour revenir à ces détails dont nous parlions précédemment, nous allons devoir déconstruire et reconstruire l’oeuvre, repérer tout ce qu’elle cache, la dépouiller de ses mystères et chacun de nous devra construire sa propre fiction qui peut être, d’un jour à l’autre, selon notre regard se modifiera faisant apparaitre de nouveaux récits.
Ce travail nous propose un jeu de piste et nous entraine dans un voyage, au coeur et hors de nous-même.
Catherine Tirelli, août 2026

